Limoges, une ville qui vit pour la porcelaine

La Cité de la céramique. Limoges, préfecture de la Haute-Vienne, n’a jamais aussi bien porté son nom. Depuis quelques mois, les initiatives se multiplient pour promouvoir la porcelaine. Regroupant de nombreux acteurs locaux, la création d’un Fonds de dotation ou encore la mise sur le marché d’assiettes en porcelaine pour les crèches sont de bonnes illustrations de cette ferveur limougeaude autour de la céramique. Etudiants, entreprises, acteurs culturels, collectivités et artisans sont mobilisés.

Le Fonds de dotation de l’Union, inauguré en avril 2017, regroupe de nombreux acteurs porcelainiers limougeauds. Sa mission ? « L’objectif est de promouvoir et développer l’enseignement et la recherche scientifique dans la création artistique, culturelle, industrielle, et des arts de la porcelaine », présente Christian Couty, président du Fonds et créateur céramiste à Limoges. « Nous voulons aussi consolider les liens entre industriels et artistes. » Si ce Fonds a été crée à l’initiative d’artisans céramistes locaux – Esprit Porcelaine et les Porcelaines de la Fabrique – d’autres acteurs ont rejoint le projet. La Coop Atlantique, le Crédit coopératif et surtout le Théâtre de l’Union font partie de l’aventure depuis le début. A Limoges, la porcelaine intéresse tout le monde.

La porcelaine passe par l’art, l’industrie et la formation

Scénographe et directeur du Théâtre de l’Union, Jean-Lambert Wild est un personnage particulièrement impliqué dans le Fonds de dotation. Son amour pour la porcelaine n’est d’ailleurs plus à prouver. En 2016, lors d’une représentation en Corée du Sud, il noue un lien avec la céramiste coréenne Minjung Kang. Il faut savoir que l’Asie est un continent dédié à la céramique, utilisant des techniques artisanales uniques. Pour cette raison, Jean-Lambert Wild invite l’artiste locale à séjourner à Limoges. En deux mois, elle passera par les Porcelaines de la Fabrique, le Théâtre de l’Union et le lycée professionnel du Mas-Jambost de Limoges. Un lien se développe entre la Corée du Sud et les acteurs Limougeauds. Pour ces derniers, ce lien est essentiel pour développer leurs missions. « Elles s’articulent autour de trois axes », prévient Jean-Lambert Wild. « Il y a l’art, l’industrie et la formation. »

Si l’art se développe avec le travail de Jean-Lambert Wild, la formation est mise en avant par l’intermédiaire du lycée du Mas-Jambost. En décembre dernier, le Fonds de dotation de l’Union décide de récompenser les étudiants céramistes du lycée professionnel limougeaud. « Dans ce milieu de la porcelaine, il y a très peu de prix dédié aux étudiants », regrette Matthieu Bussereau, professeur céramiste au Mas-Jambost et président d’Esprit Porcelaine. « C’est excluant pour eux. »

Pour remédier à cela, les membres du Fonds ont donc offert un voyage à un étudiant jugé méritant et volontaire dans les arts de la porcelaine. A 20 ans, c’est Julia Thomson qui a profité de cette expérience. L’étudiante en deuxième année de la classe Brevet des métiers d’art de la céramique est donc partie pendant quatre semaines en Corée du Sud, en janvier. « J’ai visité de nombreux ateliers et usines, dans différentes villes », raconte la lauréate de la première édition de ce concours. « J’ai pu me perfectionner, en découvrant des nouvelles techniques que l’on ne pratique pas en France. » Et le Fonds de dotation de l’Union n’a pas fini de promouvoir la formation. Les protagonistes comptent, en effet, ouvrir ce concours à d’autres lycées de Haute-Vienne proposant des formations en arts et techniques de la porcelaine. La destination de voyage évoluera aussi, tout en restant en Asie. « C’est le meilleur moyen de motiver les étudiants du milieu », estime Matthieu Bussereau.

Pour développer ce concours, le Fonds de dotation de l’Union et le lycée du Mas-Jambost ont eu l’appui de la ville de Limoges. « Les étudiants sont une des représentations de la créativité, en matière de porcelaine », juge Emile-Roger Lombertie, maire de la préfecture haut-viennoise. « En leur permettant de se rendre sur des terres dédiées à la céramique, ils deviennent ambassadeurs de notre territoire. » Il faut dire aussi que les élus limougeauds sont fiers de cette porcelaine, et n’hésitent pas à impliquer les étudiants dans leurs projets. Et plus particulièrement ceux du lycée du Mas-Jambost.

Emile-Roger Lombertie : « Les étudiants deviennent les ambassadeurs de notre territoire. »

Pas plus tard qu’en début d’année 2018, en plein conseil communal. Les élus s’inquiètent alors des perturbateurs endocriniens présents dans les assiettes des crèches limougeaudes. La ville soumet l’idée de produire des assiettes en porcelaine, une première en France pour des crèches. La ville fait appel au lycée du Mas-Jambost pour la création de ces assiettes made in Limoges. « On nous a sollicité pour concevoir et produire les moules destinés à la production de ces assiettes », se souvient Phillipe Chalopin, directeur de l’établissement scolaire.

Une trentaine d’apprentis céramistes ont réalisé, en trois mois, le design, le modelage et la mise en forme de la dite assiette. Une nouvelle fois, une multitude d’acteurs locaux ont été impliqués dans le projet. « La ville de Limoges a validé le projet en décembre 2018 », complète Phillipe Chalopin. « Les Porcelaines de la Fabrique ont ensuite produit les assiettes. Les entreprises Imerys et Cerinnov ont développé des pâtes spéciales, de manière à ce que les assiettes ne soient pas trop lourdes. » Mises en place dans les crèches locales en janvier dernier, les assiettes ont déjà rencontré un franc succès. La ville de Limoges, les Porcelaines de la Fabrique et le lycée professionnel ont ainsi été contactés par de nombreuses crèches françaises. « Il y aussi des pays du Moyen-Orient qui se sont manifestés », sourit Phillipe Chalopin.

Et ces collaborations entre la ville, les étudiants et les acteurs économiques ne sont pas terminées. Toques et porcelainequi est un événement gastronomique limougeaud bisannuel organisé en septembre prochain, regroupe de nombreux chefs étoilés. Pour la première fois, le lycée du Mas-Jambost a été sollicité par la ville pour y participer. « Nous sommes en train de concevoir une assiette, qui sera destinée spécialement à un chef et à l’un de ses plats », ajoute Phillipe Chalopin. Les étudiants seront une nouvelle fois épaulée par les Porcelaines de la Fabrique, qui produiront ces assiettes en 300 exemplaires. A Limoges, il n’y a pas que les élus à faire travailler les étudiants porcelainiers. Les entreprises aussi. La dernière en date est un concessionnaire moto, Motomove. « Nos étudiants préparent une pièce en porcelaine unique, qui servira de réservoir pour une moto Indians », poursuit un directeur d’établissement ravi.

Plus loin que Limoges

La mise en avant de la porcelaine ne se limite pas qu’à Limoges. C’est tout un département, celui de la Haute-Vienne, qui tend à développer la céramique. En 2010, le Conseil Départemental engage une démarche pour rassembler l’ensemble des acteurs touristiques hauts-viennois de la porcelaine. « Un réseau a été crée, au sein duquel ses membres s’engagent à proposer à la vente des objets fabriqués et décorés en Haute-Vienne », explique Jean-Claude Leblois, président du conseil départemental. Neuf ans plus tard, 22 entités sont adhérentes au réseau appelé « Les routes de la porcelaine ». « Leur but est de proposer une offre touristique accessible et de qualité, permettant de découvrir les richesses porcelainières de notre territoire. Cela va de la création aux musées, en passant par la fabrication et les sites historiques. »

Que ce soit le lien artistique noué avec la Corée du Sud, ou l’intérêt saoudien pour les assiettes des crèches, la porcelaine de Limoges tend aussi à se développer à l’étranger. Et ce n’est pas fini. Un festival est organisé, à Antigua au Guatemala, du 19 février au 6 avril prochain. Nommé Blanco et Fuego, ce festival est dédié à la Porcelaine de Limoges. Deux artistes du collectif Esprit Porcelaine ont fait le déplacement jusqu’en Amérique du Sud, pour animer des ateliers. « Ce festival vise à renouer des liens pour une nouvelle coopération commerciale entre l’Amérique centrale et Limoges », sourit Matthieu Bussereau.

Et que serait la porcelaine sans les étudiants du lycée du Mas-Jambost ? Ces derniers se rendront également au Guatemala, pendant une semaine, avant d’accueillir à leur tour un étudiant guatémaltèque. La bourse prévue pour ce dernier, de trois mois, sera financée en partie par la ville de Limoges, qui a également versé 10.000 euros pour aider à l’organisation du festival sud-américain. Pour la porcelaine de Limoges, les étudiants, élus, industriels et artisans ne se quitteront donc jamais.

Photo de Une : Matt Brown, via Flickr

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