Pour Jean-Louis Puivif, porcelainier à Limoges, le hasard a bien fait les choses

C’est en 2006 que Jean-Louis Puivif ouvre son atelier de porcelainier, à Limoges (Haute-Vienne). Pourtant, rien ne destinait l’homme de 50 ans à exercer ce métier. Et pour cause : à 17 ans, Jean-Louis effectue une formation de mécanicien, dans un garage. « Je n’ai tenu qu’un mois », raconte l’artisan. « Je ne faisais que des bêtises. Ce n’était vraiment pas un métier pour moi. »

Jean-Louis quitte donc les tuyaux des voitures. Pour se consacrer à la porcelaine ? Pas encore. Il rejoint Paris, où il travaille pendant quatre ans au Trésor Public. « C’est le fruit du hasard qui m’a mené dans ce bureau », avoue Jean-Louis. Le hasard justement, dans cette même trésorerie, entraîne le céramiste vers une rencontre synonyme de virage professionnel. « Un collègue contrôleur arrêtait le métier, pour ouvrir une fonderie d’étain à Meaux », poursuit le Limougeaud. « Il m’a proposé de le rejoindre. » Et Jean-Louis accepte. « Je ne me sentais plus à ma place dans un bureau, j’avais envie d’autre chose. » Quant à la sécurité de l’emploi garantit alors par son statut de fonctionnaire, « elle ne fait pas tout » estime le créateur. « Si je n’avais pas accepté la proposition, je l’aurais regretté. »

Jean-Louis Puivif, dans son jardin décoré de ses objets en porcelaine.

Un premier apprentissage au modelage

Le Haut-viennois passe alors deux ans dans des fonderies du Cher. Autant vous prévenir : pour voir un morceau de porcelaine, il faut encore patienter quelques lignes. Les deux amis (ex)contrôleurs ouvrent, en effet, deux fonderies à Meaux puis à Saumur, où ils fabriquent et vendent des soldats de plomb et des bijoux fantaisie … en étain. « Pendant ces deux années, j’ai appris à concevoir des moules et des modèles », précise Jean-Louis.

Mais, faute de succès, Jean-Louis se retire du marché de l’étain. Nous sommes en 1999 quand il arrive à Limoges. Sans emploi. La porcelaine est désormais toute proche. « On m’a embauché dans une usine de porcelaine (je vous avais prévenu), qui fabriquait des boîtes à pilules. » Jean-Louis avoue alors « ne pas du tout connaître le matériel ». « Les seules bases que j’avais, c’étaient celles du modelage et du moulage à l’étain. J’ai adapté ces compétences au travail de la porcelaine. » Le céramiste commence alors à apprivoiser la matière.

Une nouvelle offre sur le marché de la porcelaine

Ce début d’apprentissage cesse cependant plus rapidement que prévu, en 2001. « Les américains étaient les principaux clients de ce produit », raconte Jean-Louis. « A cause notamment des attentats qui ont frappé New York cette année-là, le marché des boîtes à pilules en porcelaine s’est effondré. » Au chômage, l’artisan décide toutefois de poursuivre dans son apprivoisement de la porcelaine. « Pendant six mois, je me suis formé dans l’atelier de Philippe Deshoulières, à Limoges. » Toujours dans la cité porcelainière, il se perfectionne ensuite pendant un an à l’Ecole Nationale Supérieure d’Art.

Nous sommes alors en 2004. Jean-Louis décide de passer deux ans comme assistant dans un atelier de porcelaine limougeaud. En 2006, il n’est pas gardé dans cet atelier. C’est alors qu’il monte son projet pour ouvrir son propre atelier. Très rapidement, il fait le choix de se différencier de ses homologues. « Des assiettes et des verres en porcelaine, il y en avait plein le marché », juge Jean-Louis. « Pour avoir une chance d’exister, il fallait que je propose quelque chose qui n’avait jamais été vu. Je voulais proposer une autre utilisation de la porcelaine. »

Jean-Louis Puivif a crée son atelier dans le garage de la maison appartenant à ses parents.

« Il n’y a rien de plus beau que la nature »

Pour ce faire, le créateur se spécialise dans la décoration végétale pour jardins et autres massifs. Il faut dire que Jean-Louis est un amoureux de la nature. « Il n’y a rien de plus beau que la nature », raconte le porcelainier, les yeux pétillants. « Sans elle, on n’est rien. Nous, les Hommes, ne sommes que des locataires de la planète. On ne fait que passer, et elle nous supporte. Je trouve que la société, gérée par l’argent, se fiche un peu trop de cette nature. » Petit déjà, Jean-Louis aimait « se ressourcer » avec de nombreuses balades.

Ces balades, le porcelainier les a poursuivi pour s’inspirer. Car les pièces qu’il vend sont avant des tout des reproductions de végétaux. Il a toujours fonctionné de cette manière : réaliser des moulages de feuilles et autres fleurs pour les décliner en objets de porcelaine. « Je veux montrer que la nature est belle. Ces végétaux en porcelaine, ce sont des arrêts sur image. C’est une manière de leur permettre de vivre des Siècles. » Pour Jean-Louis, les végétaux ont souvent une symbolique culturelle. « Ils sont extraordinaires. Prenez-le lotus et le ginto par exemple, en Asie ils sont vénérés. »

Cinq ans avant de trouver son public

Comme le hasard a souvent bien fait les choses dans la vie de Jean-Louis, c’est souvent celui-ci qui dicte les inspirations artistiques au gré de ses balades. « Lors de mes voyages et promenades, si je trouve une jolie forme de végétal qui m’intéresse, je n’hésite pas à la conserver. » Les feuilles des arbres plaisent particulièrement à Jean-Louis. « Les végétaux tropicaux sont les plus impressionnants », ajoute même ce dernier.

Au début de son activité, le marché développé par Jean-Louis peine à trouver des adeptes. « J’ai attendu environ cinq ans avant que cela fonctionne », assume-t-il. Loin de le décourager, le porcelainier a avancé « petit à petit ». « Il fallait un peu de temps pour développer et imposer mes propres produits sur le marché de la porcelaine limougeaude. » Pendant cette période de développement, le créateur se voyait contraint d’aller « chercher ses clients ».

« Dans ce métier, il faut toujours se remettre en question, en étant innovant et apporter de la création. Il faut être en mouvement constant, pour apporter une proposition nouvelle aux clients. Sans cela, ils se lassent. Les gens ont besoin qu’on leur propose du nouveau. Il ne faut pas se reposer sur un produit qui fonctionne car, du jour au lendemain, son succès peut prendre fin. »

Depuis 2011, les choses ont bien changé. Les végétaux en porcelaine ont trouvé leur place. Et Jean-Louis se permet même de faire face à un problème de riche. « Les propositions pour faire des salons et marchés sont très nombreuses. Je dois désormais sélectionner un peu. » Si les particuliers lui achetant des pièces représentent la plus grande part de son activité, Jean-Louis travaille également pour les collectivités et professionnels. « La ville de Limoges me sollicite souvent pour décorer les massifs de ses ronds-points », sourit le créateur. « Les entreprises font aussi appel à mes services, notamment quand elles veulent remercier un client en offrant un cadeau, ou alors dans le cadre d’un séminaire en guise de cadeau de bienvenue. »

Un tournant dans la notoriété en 2017

Jean-Louis collabore beaucoup avec d’autres porcelainiers. Notamment pour réaliser des modèles et des moules, en tant que sous-traitant, que les autres n’ont pas le temps de faire. Sans oublier les artisans locaux issus de divers milieux, avec lesquels Jean-Louis participe à des expositions et boutiques éphémères.

Si sa clientèle était à l’origine principalement limousine, cette dernière a véritablement évolué en 2017. A tel point que le commerce de Jean-Louis a pris une ampleur nationale. « C’est grâce à un reportage que m’avais consacré l’émission sur France « Silence ça pousse » », se réjouit Jean-Louis. « Il l’avait même rediffusé l’an dernier. »

Dans son émission sur le jardinage « Silence ça pousse », diffusée sur France 5, l’animateur Stéphane Marie avait consacré un reportage à Jean-Louis dans le cadre de la rubrique Do it Yourself (la vidéo n’est plus disponible).

Cette reconnaissance nationale s’est même exportée au Guatemala. Dans le cadre d’une exposition, une de ses pièces s’y est en effet retrouvée exposée. Un immense nid en porcelaine de 60 cm de diamètre. Une pièce unique, qui symbolise parfaitement « la naissance ». Exposée habituellement au musée Limougeaud Adrien Dubouché, la pièce a été prise par l’association Esprit Porcelaine pour une exposition qu’elle organise en Amérique du Sud. Peut-on encore parler de hasard ?

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