Alice mène son troupeau d’alpagas au poil pour tisser leur laine

Alice Gibaud développe, depuis quelques mois, un élevage d’alpagas à Compreignac. Elle prévoit notamment de vendre leur laine, qu’elle a appris à tisser seule.

L’image est dépaysante. Trois alpagas gambadent dans les champs de Compreignac, aux allures déroutantes de la Cordillère des Andes. Alice Gibaud n’y est pas étrangère. Depuis quatre mois, la jeune femme de 34 ans s’est mise en tête de mettre sur pied un élevage d’alpagas, un
cousin du lama.

« Je suis tombée amoureuse de ces animaux », sourit Alice, qui pratique également de la vente à
domicile. En mars dernier, la future éleveuse est au fond du trou. « Je faisais une grosse dépression, raconte­-t-­elle. Au même moment, nous avons offert à un ami, qui se mariait, un alpaga. Il en avait toujours rêvé. »

Trois premiers alpagas

Alice tombe alors sous le charme de Gaston, l’animal offert au marié. « Mon ami me retrouvait
tout le temps au milieu du champ, à caresser son alpaga, poursuit la jeune femme. Il m’a
permis de remonter la pente et de me sentir mieux.
»

Deux mois plus tard, Alice décide d’acquérir une première femelle alpaga. Puis deux autres.
Avec, dans un coin de sa tête, l’envie d’en faire un élevage professionnel en vendant leur laine.
Alice ne possède, pourtant, aucune formation dans le milieu agricole. Encore moins en matière d’alpaga. Elle apprend, presque seule, à travailler et tisser la laine. « Je me suis cramée
les yeux devant des tutoriels sur Youtube », rigole la Compreignacoise.

Les trois premières « filles » d’Alice.

Elle reçoit également des conseils de Nigel Ashton, l’unique éleveur professionnel haut­-viennois d’alpagas. « J’ai aussi échangé avec la tondeuse de laine qui s’est occupée de mes animaux, complète Alice. J’apprends beaucoup en observant mes animaux, qui sont un peu mes filles. »

100 grammes en une journée

Alice déniche du matériel lui permettant de transformer manuellement la laine brute afin qu’elle soit vendable. « L’idée, c’est de vendre la laine sur les marchés et par Internet, en pelote tissée », explique l’intéressée.

Armée d’une cardeuse et d’un rouet, elle applique les conseils enregistrés sur Internet. Non sans mal. « Pour faire une pelote de 100 grammes, il m’a fallu une journée complète ! », précise Alice. Sa patience a été payante. « Au mondial de tonte organisé cet été au Dorat, j’ai rencontré
une fileuse. Je lui ai montré une de mes premières pelotes, qui lui a plu. »

La laine tissée sur une cardeuse.

Pour rendre officiel les ventes de ses pelotes, Alice doit s’enregistrer auprès de la chambre d’agriculture et obtenir un numéro d’élevage. « Après de longues démarches, je vais le recevoir prochainement, précise la jeune éleveuse. J’aurais enfin le droit de commercialiser ce que
je fais. »

Elevage à taille humaine

Outre la vente de laine, la Compreignoise vise d’autres activités avec ses alpagas. « J’aimerais bien proposer de la thérapie animale et développer la vente des animaux pour les particuliers. » Pour ce faire, Alice doit évidemment acheter un mâle reproducteur, qui coûte très cher.

L’accouplement réalisé, elle devra ensuite attendre les onze mois correspondant à la durée de gestation de l’animal. « Pendant environ deux ans, je ne vais pouvoir me consacrer qu’à
la laine », prévient la trentenaire. Son élevage restera, quoi qu’il arrive, à taille humaine. « Je
veux pouvoir passer du temps avec mes bêtes, assure Alice. Je ne vais pas avoir plus de 40 animaux, pour favoriser le contact avec chacun d’entre eux. »

« Au fil d’alpaga », le nom de son futur élevage, semble d’autant plus cousu de fil blanc.


Trois choses à savoir …

2.000 euros. C’est le prix minimum qu’il faut prévoir pour acheter une femelle alpaga. Elle est aussi chère qu’un mâle reproducteur, pour des raisons évidentes de reproduction. Le prix peut grimper jusqu’à 3.000 euros, notamment en fonction de l’âge de l’animal (plus il est jeune, plus le prix
sera élevé). Le prix d’un mâle castré, beaucoup moins cher, s’élève au minimum à 500 euros. ■

20. C’est le prix moyen, au kilo, de la laine brute d’alpaga. Cette dernière est reconnue pour sa
douceur. La laine des plus jeunes bêtes est particulièrement recherchée, pour sa douceur. Un alpaga produit environ 2,5 kg de laine par an. ■

Amérique. L’alpaga fait partie de la famille des camélidés d’Amérique du Sud, comme le lama, le guanaco et la vigogne. À l’état sauvage, ces espèces vivent sur les plateaux Andins, entre 3.000 et 5.000 mètres d’altitude. Les premières domestications par les indigènes, de la vigogne puis de l’ alpaga, remontent à 5.000 ans environ. Aujourd’hui, l’alpaga vit un peu partout sur la planète. ■

Photos : Thomas Jouhannaud

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