L’artisanat, trésor oublié de la première guerre mondiale

Dans son musée Clermontois, Christian Bourg met en avant les objets artisanaux fabriqués par les soldats français pendant la Première Guerre mondiale. Des milliers de briquets, coupes-papiers ou encore bagues ont été conçus avec des objets de récupération comme des douilles d’obus en cuivre, des os ou du bois. Pour les Poilus, l’activité était essentiellement faite pour rompre avec l’ennui et l’isolement, que ce soit dans les tranchées ou dans les camps d’emprisonnement.

Dans une salle souterraine obscure, perdue dans une ruelle de Clermont-Ferrand, près de 800 petits objets font ressurgir de grands souvenirs. D’apparence, ces briquets en cuivre et bagues en aluminium n’ont rien d’extraordinaire. Attendez donc de connaître leur poids historique. « Ils ont été fabriqués avec des douilles d’obus, par des soldats français qui ont combattu pendant la Première Guerre mondiale », résume Christian Bourg. Ce dernier gère l’impressionnante collection, dans un musée ouvert en 2014 pour le centenaire de la Grande Guerre.

Il lève ainsi le voile sur un trésor oublié du premier conflit mondial : l’artisanat. « Les soldats envoyés au front étaient principalement des ouvriers et des paysans », poursuit Christian Bourg, retraité de la Banque de France. « Ils possédaient presque tous un savoir-faire naturel. Les luthiers, par exemple, possédaient des aptitudes naturelles à travailler le bois. » Dès la fin de l’hiver 1914, les combattants créent dans les tranchées des babioles diverses et variées.

Le musée « L’artisanat pendant la Première guerre mondiale », labellisé par l’État, est ouvert uniquement sur rendez-vous. Les visites sont assurées par Christian Bourg. Tel : 06.81.22.10.32

« Leur matière première, ce sont les munitions qu’ils trouvent sur le front », rappelle Christian, qui s’est pris de passion pour cette période en découvrant que son grand oncle avait participé à la Première Guerre mondiale. « Outre les douilles d’obus, ils récupèrent aussi du bois, de la craie ou encore des os d’animaux. » Sans oublier l’aluminium, qu’affectionnent particulièrement les prisonniers. « C’est une matière qui n’existait pas en France », assure Christian Bourg. « Quand ils étaient enfermés en Allemagne, les soldats étaient captivés par cette matière nouvelle et l’utilisaient à toutes les sauces. »

L’artisanat par nécessité

Au départ, les soldats développent cette activité par nécessité. « Ce sont des choses dont ils avaient besoin, comme des briquets ou des lampes », continue Christian Bourg. Mais, très vite, l’artisanat se développe dans les tranchées, les hôpitaux, les usines, les bases arrières et les camps de prisonniers. « Les officiers organisaient des concours », ajoute le gérant du musée, qui a acquis l’ensemble de ses pièces sur des brocantes. « Pour eux, c’était un moyen de canaliser les soldats, en leur offrant un moyen de ne pas s’ennuyer. » Les soldats développent même, entre eux, un véritable petit commerce. « Il y a eu une véritable émulation. Ceux qui ne savaient rien faire ont profité de l’expérience des autres. Pour eux, c’était surtout un moyen de s’occuper. »

Les bagues en aluminium étaient envoyées aux familles.

L’autre intérêt de l’artisanat militaire concerne les familles des soldats. « Les plus petits objets, et notamment les bagues, étaient ajoutés aux courriers envoyés aux mères, sœurs et conjointes », complète Christian Bourg. « Cela permettait aux Poilus de rappeler à leurs proches qu’ils étaient encore en vie. »

« Une mise en valeur de leur souvenir »

Sur le front, les soldats utilisent simplement de petits burins ou de petits marteaux, pour ne pas se faire repérer par l’ennemi. Forcément, les objets fabriqués sont plutôt rudimentaires. C’est moins le cas dans les bases arrières, où l’artisanat est de plus en plus sophistiqué grâce à du meilleur matériel. « J’ai retrouvé des cannes sculptées dans le bois, des encriers en craie, des pièces de broderie ou encore des instruments de musique fabriqués avec une gourde », sourit Christian Bourg, les yeux rêveurs. « La seule limite, c’était leur imagination. Il y a des pièces uniques, fabriquées nulle part ailleurs. » Ce ne sont pas les briquets en forme de revolver ou les coupes de champagnes en cuivre qui nous feront penser le contraire.

Les briquets recyclés avec le cuivre des obus.

« C’est merveilleux », lance Christian Bourg, la moustache frétillante. « Les livres d’histoire ne donnent pas assez d’importance à tous ces objets artisanaux. Ils m’ont permis de mieux comprendre le conflit. » Pour celui qui est aussi président de l’association Ceux de Verdun, ces objets permettent de « matérialiser la mémoire des soldats ». « C’est une mise en valeur de leur souvenir. » Comme une trace éternelle laissée par les quelques 1,4 millions de soldats tricolores décédés en quatre années.

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