La vie multicolore de Joanna Hedley

Le dossier du Brexit agite Londres et l’Union Européenne depuis plusieurs mois. En France, des milliers d’expatriés britanniques vivent dans l’incertitude et scrutent les votes des députés anglais. Verrière à Saint-Martin le Mault (Haute-Vienne), Joanna Hedley est l’une d’entre eux. L’artisane, qui créée notamment des bijoux et objets de décoration, habite en France depuis 2011. Elle n’a pas, pour autant, couper les ponts avec son pays d’origine.

Brexit. Ou le nom de la tempête qui tourmente l’Union Européenne et le Parlement britannique depuis déjà plus de deux ans. La sortie du Royaume-Uni divise férocement les responsables anglais et européens. Dans le calme de la campagne haut-viennoise, à Saint-Martin le Mault, les débats ont déjà déclenché une mini-tornade. En particulier dans l’atelier de Joanna Hedley. « On n’a pas envie de rentrer en Angleterre ! », lance cette artiste verrière, très incertaine sur son avenir. « C’est une situation très stressante. On ne sait plus comment réagir, ni comment se préparer. »

Joanna a rejoint la France et Saint-Martin le Mault en 2011. « Mes parents avaient une maison de vacances dans le coin », poursuit-elle, debout dans son sous-sol qui lui sert d’atelier. « Pendant vingt ans, on s’y rendait chaque été. C’est devenu un rêve de vivre dans ce pays. Les gens sont vraiment gentils et accueillants. La lumière, aussi, est superbe. »

Inspirée par la nature

Cette question de luminosité est particulièrement importante pour Joanna. Et pour cause : c’est une artiste verrière. Un métier qui l’a toujours passionné. « La façon dont les couleurs changent en fonction de la lumière, c’est magique ! », sourit-elle, au milieu de ses pinceaux, dessins et fours. « Chaque couleur correspond à une émotion et j’aime penser que les gens se sentent bien en regardant des vitraux. »

Le dessin est l’étape la plus longue dans le processus de fabrication d’un objet.

Pour fabriquer les bijoux et objets de décoration qu’elle vend, cette passionnée d’art tire notamment son inspiration dans la nature. Ses nombreuses expériences à travers le monde l’ont particulièrement inspiré. En 1990, elle se forme par exemple à Boston (Etats-Unis), où elle est aussi jeune fille au pair. C’était avant de parfaire son savoir-faire dans un atelier à Sunderland. « Mes parents étaient professeurs à l’armée », poursuit la britannique originaire de Newcastle. « Jusqu’à mes 18 ans, je n’ai jamais vraiment eu d’endroit où je me suis sédentarisée. Toutes les plantes et fleurs que j’ai vue dans ces différents pays m’ont beaucoup inspiré. »

La barrière de la langue

Forte de ces voyages, Joanna ouvre un premier atelier en 1999, à Newcastle. « Je possédais notamment une galerie d’art dans laquelle je vendais des bijoux », se souvient la cinquantenaire. « Je travaillais aussi pour les municipalités, en réparant des vitraux dans les églises. » Joanna décide donc, en 2011, de poursuivre son activité en Haute-Vienne. Non sans mal. « Je dois multiplier les marchés et salons », regrette la britannique. « Mais ce n’est pas assez rentable. » Ce ne sont pas les quelques restaurations de vitraux qu’elle a réalisé pour une chapelle du Dorat ou les boutiques éphémères qu’elle tient l’été avec d’autres artisans qui lui permettent de mieux vivre.

« La Chambre des métiers de Haute-Vienne nous soutient énormément dans les différents projets. »

Joanna Hedley.

Joanna se heurte également à la barrière de la langue. Elle peut, cependant, compter sur le soutien de son mari Paul. « Il parle très bien français », affirme-t-elle. « Je peux me reposer sur lui, notamment pour les tâches administratives, même si je vais bientôt prendre des leçons de français. Paul conduit également des bus scolaires, ce qui constitue une autre source d’argent non négligeable. » Son conjoint l’épaule également pour élever leurs trois enfants de 5,11 et 15 ans. « On joue souvent au géocaching », rigole Joanna.

Des réparations de vitraux en Angleterre

Cette dernière a également conservé un lien avec son pays d’origine. Elle a récemment, par exemple, crée un vitrail de la cathédrale de Newcastle détruit durant la Seconde Guerre mondiale. « C’était une commande énorme, qui m’a rapporté beaucoup d’argent », précise la verrière. « Je postule souvent pour de telles commandes en Angleterre. C’est nécessaire pour vivre. »

Dans ces lieux religieux, Joanna a pris l’habitude de laisser son empreinte. La britannique a, en effet, la particularité de ne pas fabriquer de vitraux uniquement à vocation catholique. « J’essaie de trouver un compromis entre des choses abstraites et les images religieuses », explique-t-elle. « D’une manière générale, je m’attache à être la plus précise possible. La beauté d’un vitrail se joue dans le détail des motifs. »

Le vitrail proposé par Joanna pour la cathédrale de Newcastle.

Outre les réparations de vitraux et la fabrication de bijoux, Joanna espère secrètement proposer prochainement des cours dans son atelier. « J’ai envie de partager mes connaissances », souffle la verrière. « Il faut que mon savoir se propage, pour susciter des vocations et développer cette activité sur le territoire. » Pour créer un arc-en-ciel, dans le brouillard du Brexit ?

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