Sandrine Rongier cuisine les couleurs avec précision

Dans son atelier de Saint-Léonard de Noblat (Haute-Vienne), l’artisane Sandrine Rongier fabrique naturellement des peintures, qu’elle utilise ensuite pour des décors anciens et contemporains sur les murs, boiseries et bâtis. Cette peintre en décor du patrimoine fabrique des couleurs, sur commande, en mélangeant pigments naturels et liants. Des préparations minutieuses, dignes de recettes de cuisine.

Ses pinceaux remplacent les couteaux. Son petit atelier miaulétou lui fait office de cuisine. Installée à Saint-Léonard de Noblat depuis 2015, avec l‘Atelier Polychromies, Sandrine Rongier est spécialisée dans la création et la restauration des décors peints dans le bâti ancien. « Je réalise aussi des décors contemporains pour les murs et boiseries, aux teintes personnalisées », complète cette peintre en décor du patrimoine formée aux techniques anciennes à l’Ecole d’Avignon.

Pour ce faire, Sandrine Rongier fabrique des peintures à la commande. « J’utilise des pigments naturels et des liants traditionnels », résume l’artisane. Ces deux matériaux sont ses ingrédients. Car, comme elle aime le dire, l’activité de Sandrine se résume à de la « popote des couleurs ».

Un mélange de pigments

Les couleurs, ce sont les pigments poudreux. 100 % naturels, ils sont d’origine minérale ou organique. Ce sont les ingrédients de base de ses recettes colorées. « Lorsqu’un client me demande une teinte particulière, je commence par visionner quels pigments je peux utiliser pour y arriver », explique-t-elle. « Je réalise ensuite des tests, sur du papier et à l’eau, en mélangeant les pigments. Cela me permet de voir si je parviens, avec les pigments sélectionnés, à la couleur souhaitée. » Certaines teintes peuvent, par exemple, être constituées de cinq pigments différents.

Lorsque les ingrédients de base sont choisis, les pigments donc, ces derniers doivent être pesés. Les tests à l’eau sont toujours de mise. « Je dois déterminer précisément la quantité de chaque pigment dont j’ai besoin pour créer la teinte demandée », poursuit Sandrine Rongier. Cette étape aboutit à une véritable recette : chaque pigment sélectionné devra être utilisé au gramme près.

Ajouter « les oeufs »

Il faut toutefois pouvoir donner de la texture à cette recette. C’est là qu’interviennent les liants. « Ils ont un peu le rôle des oeufs dans la préparation d’un gâteau », sourit Sandrine Rongier. Autrement dit : permettre aux pigments d’agglomérer en masse solide. « Grâce aux liants, la peinture peut tenir sur les supports sur lesquels je vais peindre », complète Sandrine Rongier.

Cette dernière utilise principalement de l’huile de lin, de la colle de peau de lapin et de la farine. Encore une fois, du naturel garanti. Encore une fois, la balance est nécessaire. « Il faut ajouter une quantité précise de liant », assure Sandrine Rongier. Et, comme en cuisine, l’incorporation du liant ne se réalise pas n’importe comment. « C’est comme pour une pâte à crêpe. », raconte la peintre. « Il faut éviter d’avoir des grumeaux dans la préparation, puis d’avoir des défauts en appliquant la peinture. Pour cela, il faut mouiller les pigments pour qu’ils s’humidifient correctement avant de les mélanger au liant. Une fois qu’ils sont mouillés, on pourra ajouter le liant. »

Un liant, une fonction

L’ajout de chaque liant doit, une fois de plus, suivre une procédure particulière. L’huile de lin, par exemple, peut se mélanger à froid après avoir été cuite. « La colle de peau de lapin, en revanche, doit être passée au bain-marie avant d’ajouter les pigments », lance Sandrine Rongier. La farine, de son côté, nécessite trois quarts d’heure de cuisson.

En outre, le choix du liant utilisé est motivé par le support peint. Comme un cuisinier qui choisirait les ingrédients en fonction de sa volonté de réaliser un plat salé ou sucré. L’huile de lin et la farine n’auront, ainsi, pas les mêmes fonctions que la colle de peau de lapin. « Elle ne supporte pas l’humidité », souffle Sandrine Rongier. « Contrairement aux deux autres liants que j’utilise, j’évite la colle de peau pour des peintures en extérieur. » Ce liant est donc principalement utilisé pour du bois intérieur. A l’inverse, l’huile de lin et la farine peuvent être appliqués à l’extérieur. Et pas uniquement sur du bois. « Je peux les utiliser sur du plâtre, des enduit, des supports plus modernes. »

« Filtrer les pigments permet d’obtenir un rendu plus fin, avec moins de grains. »

Lorsque la préparation est prête, Sandrine Rongier peut en faire profiter ses clients. Ces derniers ne goûteront, certes, pas sa recette mais pourront en profiter visuellement. « C’est comme si je peignais un tableau, mais sur un mur », résume-t-elle. Et ses réalisations sont parfois visibles publiquement. Elle a, par exemple, récemment peint les murs d’une salle de massage de Limoges ou encore restaurer les panneaux publicitaires des Halles Carnot de la cité porcelainière. Une cheffe 5 étoiles.

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