Comment les communes de Haute-Vienne dynamisent-elles leurs centres-bourgs pour aider les artisans ?

Pour revitaliser les centres-bourgs de Haute-Vienne, où travaillent beaucoup d’artisans, de nombreux programmes sont mis en œuvre par les collectivités locales. Pour ces dernières, l’objectif est avant tout de donner une identité économique et une image positive aux communes. Pour ce faire, l’une des solutions est notamment de créer une cohésion entre les commerces existants.

Saint-Léonard de Noblat traverse une mauvaise dynamique. « Il y a eu, ces deux dernières années, beaucoup d’enseignes de textiles et de chaussures qui ont fermé », raconte Carole Pagès, propriétaire de la maison d’hôte Le Jardin des Lys et présidente de l’association des artisans, commerçants et professions libérales de Saint-Léonard de Noblat. L’un des derniers commerçants à avoir mis la clé sous la porte est Patrick Bonnefon, gérant de BP coordonerie, en août dernier.


Réfléchir l’agencement des rues et du stationnement

La mairie d’Ambazac a engagé des démarches pour donner envie aux gens de venir en ville et de s’y promener. « Les gens sont souvent demandeurs de cheminements piétons », estime Marina Vergnoux, élue en charge du développement économique à Ambazac. « Ils prennent plaisir à flâner. Notre objectif est de leur proposer le cadre le plus agréable possible pour se promener. »

Pour ce faire, les deux artères principales de la commune ont notamment été végétalisées. « Cela offre un cadre plus beau, plus harmonieux et plus esthétique à l’acheteur », affirme Marina Vergnoux. L’esthétisme des rues occupe aussi une place centrale dans la réflexion des élus de Saint-Yrieix-la-Perche. « Pour attirer du monde, il faut multiplier le nombre d’arbres, de fleurs et d’espaces verts », précise Daniel Boisserie, maire arédien. « C’est un embellissement nécessaire. »

C’est justement pour permettre cet embellissement que la mairie de Saint-Yrieix a lancé de gros travaux sur la Place de la Nation. « C’est la place clé de la commune », observe Daniel Boisserie. « C’est un énorme chantier de trois millions d’euros. Une grande bitume sera supprimée et remplacée, sur la future esplanade ombragée, par des espaces verts. Nous allons verdir considérablement la place. »

Ces travaux permettront aussi de renforcer la sécurité des piétons. « Pour qu’un centre fonctionne, il faut donner plus d’espaces aux piétons et moins au bitume », poursuit le maire de Saint-Yrieix la Perche. « Pour ce faire, nous allons notamment réduire la voiture pour limiter la vitesse des véhicules. Les terrasses seront aussi élargies. »

Même son de cloches du côté d’Ambazac. « Les trottoirs étaient trop étroits », analyse Marina Vergnoux. « Cela empêchait notamment aux poussettes d’y circuler, rendant certaines rues peu accessibles. Nous les avons élargis, mais aussi agrandi les zones 30. Le piéton doit se sentir en sécurité. »

Ces aménagements sont souvent réfléchis de manière à garantir une continuité commerciale. « Il y a, à Ambazac, trois pôles commerciaux », explique Marina Vergnoux. « Notre objectif est de les relier entre eux. Nous avons, par exemple, végétalisé et sécurisé la rue entre les grandes surfaces situées à l’entrée du bourg et les commerces du centre-bourg. »

Cette cohérence dépend aussi de la signalétique. « Les panneaux manquaient globalement d’unité », affirme Marina Vergnoux. « Nous allons faire en sorte d’ajouter des panneaux indicateurs et des totems notamment, mais aussi lutter contre les panneaux installés sans autorisation. »

Le stationnement, enfin, possède un rôle important dans l’aménagement des centres-bourgs. « Les gens ont besoin de places pour travailler, mais aussi pour se rendre dans les commerces », estime par exemple Daniel Boisserie. « Nous allons, par exemple, créer une quarantaine de places au coeur de la commune. Cela facilitera la vie des gens qui y habitent, mais aussi celle des commerçants. »

L’avis est partagé par Marina Vergnoux. La mairie d’Ambazac a, de ce fait, intégré la création de parkings dans la transformation des rues. « L’idée est d’offrir des places accessibles et rapides, qui respectent la sécurisation des piétons », complète l’élue ambazacoise. « Le stationnement a été inclus de manière esthétique au coeur du centre-bourg, au plus près des commerces. »


Enclencher une solidarité entre les commerçants

Carole Pagès craint, avec ces fermetures, l’effet domino. « Tous ceux qui réparaient leurs chaussures ici, en profitant pour faire d’autres achats, ne viennent donc plus du tout », analyse-t-elle. « Il faut que les commerçants prennent conscience que si les autres disparaissent autour, eux aussi fermeront tôt ou tard. Pour pérenniser son avenir, chaque propriétaire de magasin doit prendre soin de ses voisins, en les motivant par exemple à ne pas fermer. »

« Il est plus rapide de perdre un client que de le capter. Il est nécessaire d’anticiper la perte d’une clientèle, en évitant que le commerce du voisin ferme. »

Cette entente entre commerçants est aussi prônée à Ambazac. « Certains commerçants participent à des actions événementielles, à titre individuel », souffle Marina Vergnoux. « Notre volonté est de les encourager à se fédérer et à promouvoir ensemble le commerce local. Un sac de course à l’effigie des commerçants locaux a par exemple été créé. Il est offert dans toutes les boutiques d’Ambazac. »


À Saint-Léonard de Noblat, Bob « le fromager » a conscience de l’effet domino

Son béret et son visage débonnaire sont bien connus des habitants de Saint-Léonard de Noblat. Presque autant que son nom : Bob Petit, alias « Bob le Fromager ». Ce commerçant exerce dans la commune depuis une quinzaine d’années. Après y avoir été traiteur, il s’apprête à reprendre une fromagerie.

Ce changement ne devrait pas être trop perturbant pour Bob. Les deux boutiques sont, en effet, situées dans la rue de la Révolution. Une petite artère pavée aussi réputée que Bob. « C’est la rue principale pour entrer dans le centre de Saint-Léonard », précise le commerçant. « Tout le monde passe par là. Elle permet de capter un flux de clients important. » C’est justement pour conserver cette attractivité que Bob a décidé de reprendre la fromagerie, qui était vouée à la fermeture.

« Avec un commerce comme celui-ci en moins, la rue de la Révolution serait morte », assure-t-il. « Un engrenage négatif se serait alors enclenché pour tous les autres commerces du centre de la commune. Les gens, ayant moins besoin d’emprunter cette rue, auraient été aussi moins nombreux à venir en centre-bourg.

D’autant plus que cette manière de travailler permettrait, selon Carole Pagès, d’instaurer une bonne ambiance entre les différents commerces. Et ainsi de briser la mauvaise dynamique. « Si les clients s’aperçoivent que les commerçants travaillent tous dans la même direction, ce sera plus agréable pour eux de s’arrêter dans les boutiques », estime-t-elle.

« A l’inverse, si quelqu’un passe dans une rue où une mauvaise entente règne entre les commerçants, il ne s’arrêtera pas. Une entraide et une bonne ambiance donneront, de plus, envie à des jeunes de reprendre des commerces. Pour retrouver une dynamique, il faut que chaque commerçant complète la gamme de l’autre. Il faut travailler dans la transversalité et s’appuyer les uns sur les autres. Il faut établir une concurrence positive et bienveillante, et ne pas avoir peur des nouveaux arrivants. »


Retrouver une diversité de commerces

De nouvelles têtes dont aurait bien besoin, donc, Saint-Léonard de Noblat. « 90 % des commerces existants sont alimentaires », observe Carole Pagès. « Pour attirer une nouvelle clientèle, il faut que l’on soit en mesure de proposer une offre commerciale plus variée. »

Une multiciplicité de services recherchée également à Ambazac. Pour ce faire, la commune mise notamment sur les foires et marchés événementiels. « Nous avons déplacé le lieu des foires mensuelles », précise Marina Vergnoux. « Elles sont désormais sur une place centrale, qui a plus de visibilité et qui est plus simple d’accès. C’est un lieu entouré de cafés et de commerces sédentaires, qui permet à l’acheteur d’avoir une promenade fluide et continue dans le centre-bourg. Les foires pallient ainsi à l’absence de certains types de commerces, comme la quincaillerie ou la bonneterie. De cette manière, elles garantissent une offre commerciale complémentaire à ce qui existe dans le centre.  »


Que faire des locaux vacants ?

Devoir remettre aux normes les locaux commerciaux vacants décourage souvent les jeunes qui veulent s’installer. « Les travaux à effectuer sont très contraignants », prévient Marina Vergnoux. « Quelqu’un qui se lance dans le commerce n’a pas forcément les fonds pour les assumer. C’est une vraie problématique, car les jeunes sont nombreux à vouloir s’installer à Ambazac et à ne pas pouvoir le faire. »

Face à cela, plusieurs pistes sont envisagées. À commencer par mettre des boutiques à l’essai. « La collectivité devient, dans ce cas, propriétaire du local », explique Marina Vergnoux. « Avec ce système, des entreprises peuvent tester leur activité pendant un an avec un loyer modéré. Si ça fonctionne, ils peuvent alors s’installer. »

Du côté de Bellac, une taxation sur les friches commerciales a été instaurée par la municipalité. « Cette taxe est appliquée sur les locaux professionnels vides », explique Olivier Berniolles, manager de centre-ville à Bellac. « L’idée, c’est d’inciter les gens à remettre leurs locaux vides à disposition. » Une stratégie visiblement payante pour la commune, puisque une dizaine de commerces ont déjà réouverts sur les 18 derniers mois.

Lorsque les locaux vides ne trouvent pas preneurs, les communes s’attachent tout de même à leur donner de l’attractivité visuelle. S’ils sont en effet trop nombreux, les locaux vacants peuvent véhiculer une image négative du centre-bourg. Pour les mairies, l’enjeu est donc de casser l’idée que les locaux sont vacants. Pour ce faire, la vitrophanie est un procédé souvent utilisé. Son principe est d’apposer de la peinture ou un trompe-l’oeil sur la vitrine vide. « Cela permet de créer quelque chose de beau, et ce malgré la vacance d’un local », précise Marina Vergnoux. 


Développer la communication et la visibilité

Pour créer cette complémentarité entre les commerçants, Carole Pagès ne manque pas d’imagination. « Pendant les fêtes, une quarantaine de commerçants portait par exemple des pulls de Noël », lance-t-elle. « En mai, nous lancerons aussi une application mobile qui répertorie tous les commerces. Il faut aussi profiter des événements organisés à Saint-Léonard. À ces occasions, chaque commerçant doit proposer une activité ou un jeu concours dans sa boutique pour inciter les gens à s’y arrêter. »


Et à Eymoutiers ? 

À en croire Jocelyne Thirolle, présidente de l’association des commerçants et artisans Eymoutiers Coeur de ville, la santé du centre-bourg de la commune est « satisfaisante ». Une dynamique portée notamment par l’agencement des rues. « Elles sont fleuries et propres, et de ce fait agréables à arpenter », souligne Jocelyne Thirolle. « De plus, les commerces sont organisés suivant un fil conducteur. Aucun d’entre eux n’est véritablement isolé. Quand les gens rentrent dans une boutique, il y en une autre juste à côté et ainsi de suite. Une grande majorité de commerces sont situés dans la rue principale. Toutes les rues adjacentes proposent ensuite des commerces. La bonne signalétique permet aussi aux acheteurs de s’y retrouver. Les commerces un peu excentrés, par exemple, sont fléchés. »

Outre cette organisation technique, « l’entraide et l’empathie naturelles » entre les acteurs économiques de la commune expliquent la bonne dynamique. « Tous les commerçants travaillent dans le même sens », affirme Jocelyne Thirolle. « Les nouveaux arrivants, par exemple, sont toujours accueillis avec bienveillance. » 

Une cohésion qui ne concerne pas seulement les relations entre commerçants et artisans d’Eymoutiers. « Les habitants jouent le jeu en consommant sur la commune », confirme Jocelyne Thirolle. « La communauté de communes et la mairie sont aussi très impliquées. » 

Preuve de ce dynamisme total : le chèque-cadeaux géré par Eymoutiers Coeur de ville. « La mairie d’Eymoutiers, par exemple, nous en a acheté pour les redistribuer à ses salariés », précise la présidente de l’association. « Grâce à cela, les habitants du secteur achètent chez les commerçants d’Eymoutiers. Cela leur permet de consommer en privilégiant notre lieu de vie. »


Créer une identité économique 

Regrouper ainsi les commerçants est également une manière de créer une identité économique et visuelle à la commune. « Un nouveau logo, commun à l’ensemble des commerçants et artisans d’Ambazac, a été imaginé », raconte Marina Vergnoux. « L’idée, c’est que les commerçants s’approprient et développent ensemble ce logo pour attirer l’oeil et donner envie aux gens de consommer. L’objectif, ainsi, est de créer un attachement identitaire de la population à ses commerces. »

L’identité, il en est aussi question à Saint-Léonard de Noblat. L’association des commerçants a notamment imaginé un nouveau logo. « Il possède un visuel plus dynamique », présente Carole Pagès. « Nous y avons aussi écrit la phrase des “professionnels unis par l’excellence” et l’acronyme AVEC. » La cohésion s’immisce dans les moindres détails.

Photo : Thomas Jouhannaud

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