L’artisanat dans les régions en questions

La France compte plus de 1,4 millions d’entreprises artisanales et près de deux millions d’artisans salariés. Derrière ces chiffres, des disparités existent d’une région à l’autre. Où vaut-il mieux être apprenti ? Où est-il préférable d’être une femme ? Quels territoires accueillent le plus d’artisans ? Le tour des régions en huit questions.

Où la densité d’entreprises artisanales est-elle la plus importante ?

Logiquement, au 31 décembre 2019, l’Ile-de-France hébergeait le plus d’entreprises artisanales (218.590). Loin devant l’Auvergne-Rhône Alpes (185.000) et la Provence Alpes Côte d’Azur (156.800). Cependant, en comparant le nombre d’entreprises artisanales à celui du nombre d’entreprises totales dans chaque région, le classement est bouleversé. La proportion en Ile-de-France est dans ce cas la plus basse, avec seulement 8,9 % d’entreprises artisanales dans le tissu économique. Un chiffre éloigné de la moyenne nationale (13,44 %). Avec respectivement 19,3 % et 19 %, la Guyane et la Corse sont à l’inverse les meilleurs élèves dans ce domaine.

Ces données se confirment en prenant en compte l’indicateur du nombre moyen d’entreprises artisanales par région pour 10.000 habitants. Une fois de plus, l’Ile-de-France est l’un des mauvais élèves avec une moyenne de 182 entreprises alors que la moyenne nationale s’élève à 228. La région la plus peuplée de France se classe tout de même loin devant les Hauts-de-France (138), mais loin derrière la Guadeloupe (423) et la Corse (376).

Les régions d’Outre-Mer (*), justement, se distinguent particulièrement dans le nombre d’entreprises artisanales établies sur leur territoire. Si elles occupent forcément les dernières places dans le nombre brut d’entreprises, ces régions font tout de même la part belle à l’artisanat compte tenu de leurs capacités d’accueil. Ainsi, trois des cinq premières régions de France à observer le taux d’entreprises artisanales le plus élevé sont des régions d’Outre-Mer (Guyane, Guadeloupe et La Réunion).

Découvrez ces chiffres en graphiques ici.

Où les salariés artisans sont-ils le plus nombreux ?

Malgré le grand nombre d’entreprises artisanales sur le territoire, l’Ile de France n’est pas la région comptant le plus de salariés (292.530) au 31 décembre 2019. Ceci s’explique notamment par le fait que les artisans se divisent en trois catégories : les indépendants, les micro-entrepreneurs et donc les salariés. Ces derniers sont les plus représentés en France, avec plus de deux millions d’artisans salariés. Et particulièrement en Auvergne-Rhône Alpes, qui occupe la première place du classement avec 309.000 salariés. Les régions avec le moins d’artisans salariés sont logiquement les plus petites, la Corse et l’Outre-mer.

En revanche, et comme pour le nombre d’entreprises, la part d’artisans sur le nombre total de salariés d’une région est plus importante en Corse (15,30 %), Guyane (12,60 %) et Guadeloupe (12,40 %). L’Ile-de-France, encore une fois, est sous-représentée dans ce classement avec la pire proportion (4,90 %). Loin de la moyenne nationale de 9,44 %.

Autre indicateur particulièrement inquiétant pour l’Ile-de-France : le nombre de salariés artisans n’y a bondi que de 2,90 % depuis 2015 (**). Très loin de la moyenne nationale (29,77 %), et surtout des leaders dans le domaine : les Pays de la Loire (48,30 %), l’Occitanie (46,30 %) et l’Auvergne-Rhône Alpes (40,60 %).

Retrouvez les chiffres en détail sur ces graphiques.

Pour quelles régions opter pour s’installer dans l’artisanat ?

En terme de créations d’entreprises artisanales, l’Ile de France est la région la plus prolifique en 2018 avec 34.610 nouvelles entités. L’Auvergne-Rhône Alpes (18.530) et la PACA (17.730) complètent le podium. Plus précisément, le nombre de créations d’entreprises croit fortement dans les 22 métropoles, à hauteur de 32 % des créations d’entreprises artisanales crées en 2018.

La région la plus peuplée de France est aussi la plus dynamique depuis 2009, année où a été créé le régime auto-entrepreneur entraînant avec lui une trajectoire ascendante en matière de créations d’entreprises dans toutes les régions. Les chiffres se ensuite stabilisés jusqu’en 2014, avant de baisser à l’exception de l’Ile-de-France. Ainsi, depuis 2009, cette dernière affiche un taux de progression de créations de 37 %. La Corse (-3%) et l’Auvergne-Rhône Alpes (-8 %) limitent plutot bien la casse, tandis que la moyenne nationale est à la baisse en dix ans de 10 %.

Ces chiffres encourageants de l’Ile-de-France sont toutefois à nuancer. D’abord parce que le nombre de défaillances (**) d’entreprises artisanales y est le plus important en 2018 (4.853). Un chiffre certes en baisse de 5 % par rapport à 2015, mais au cours d’une période où les défaillances d’entreprises ont diminué dans toutes les régions à l’exception de la Corse (33 %). La moyenne nationale était d’ailleurs à la baisse de 10 %. Par exemple, le Centre Val de Loire voit entre 2015 et 2018 son nombre d’entreprises artisanales défaillir de 24 % en moins. C’est le meilleur bilan, devant les 17 % affichés par la Bretagne, les Pays de la Loire et la Normandie.

Ainsi, malgré les nombreuses créations, le nombre d’entreprises artisanales en Ile-de-France diminue de 1,3 % entre 2015 et 2019. A l’inverse de la Corse et de la Guadeloupe, qui ont un taux de progression respectif de 31,90 % et 31,20 %. Le Centre Val de Loire y est encore un bon élève, avec 13,10 % d’entreprises supplémentaires.

Autre indicateur défavorable à l’Ile de France : sur le nombre total d’entreprises crées dans la région, seules 20 % sont des entreprises artisanales. C’est le taux le plus bas, loin des 39 % de la Corse, des 36 % de la Guyane ou encore des 31 % de la Bourgogne Franche Comté.

Visualisez les chiffres des créations et des défaillances.

Où démarrer son activité seul ?

En France, la création d’entreprises artisanales se fait de plus en plus en solitaire, sans salarié. En 2018, 95 % des entrepreneurs se sont ainsi installés seuls, contre 80 % en 2017. Ce phénomène s’explique notamment par la création du régime micro-entrepreneur en 2009. De ce fait, près de 40 % des entreprises artisanales sont des micro-entreprises en 2019, avec moins de dix salariés.

Une proportion très importante en Corse, avec 55,80 % de micro-entreprises artisanales. A l’inverse les régions du nord-ouest laissent peu de place aux micro-entrepreneurs, puisque la Normandie, la Bretagne et les Pays de la Loire affichent des taux respectifs de 34, 31,30 et 30,20 %.

Un graphique à consulter ici.

Dans quelles régions peut-on mieux se former ?

L’artisanat français représente le premier secteur de formation aux métiers. En 2017, plus de 147.000 apprentis ont ainsi formé dans une entreprise artisanale, soit près de 37 % du total des entrées en apprentissage dans le pays.

Un pourcentage qui cache toutefois de nombreuses disparités d’une région à l’autre. En Ile-de-France, seuls 18 % des apprentis l’ont été dans une entreprise artisanale. Cela s’explique notamment par le déploiement de l’apprentissage dans l’enseignement supérieur. Inversement, les apprentis du Nord-Ouest et du Sud sont principalement formés dans l’artisanat : 43 % en PACA et Bretagne, 42 % en Corse, 41 % en Normandie et Pays de la Loire. Dans les régions du Nord-Ouest, la formation par apprentissage est effectivement ancrée historiquement dans les pratiques.

Cette dernière tendance se vérifie en rapportant également le nombre d’apprentis au nombre d’entreprises artisanales de la région. Cela permet de calculer le taux de pénétration de l’apprentissage, qui est d’environ 13 % au niveau national. Autrement dit : environ un apprenti accueilli pour huit entreprises artisanales. Les Pays de Loire (23%, soit 23 apprentis accueillis pour 100 entreprises), la Normandie (20 %) et la Bretagne (17 %) se distinguent encore. Loin de l’Ile-de-France, à seulement 8 % de taux de pénétration de l’apprentissage.

D’une manière plus localisée, on constate des territoires où l’apprentissage est fortement privilégié comme les zones d’emploi de Sablé-sur-Sarthe (25 %), Le Havre ou encore Les Herbiers (24%). Des zones situées … dans le Nord-Ouest.

Si l’artisanat est le premier secteur de l’apprentissage en France, le nombre d’apprentis artisans est malgré tout en chute libre. Pour exemple entre 2012 et 2017, le nombre d’apprentis de première année chute d’environ 10 %. Seules deux régions affichent un bilan positif : les Pays de la Loire (4 %) et les Hauts-de-France (3,70 %). Les données d’Ile de France sont catastrophiques, avec 21,50 % d’apprentis première année en moins.

Et qu’en est-il des apprentis à l’issue de leur formation ? Pour 69 % d’entre eux, ils travaillent sept mois après en avoir terminé. Une moyenne dépassée largement par les Pays de la Loire (79 %) et la Bretagne (77 %). Avec respectivement 62 % et 65 %, la PACA et les Hauts-de-France ont les chiffres les plus bas.

Retrouvez les données détaillées du nombre d’apprentis en 2017, leur évolution et leur taux d’emploi.

Où se diriger en étant une femme ?

26 % des dirigeants d’entreprises artisanales en France sont des femmes en 2019. Un chiffre pas très élevé, en le comparant par exemple aux 40 % des entreprises de professions libérales. Les femmes ont toutefois plus de chances d’être dirigeantes d’entreprises artisanales dans les Hauts-de-France (29,50 %). Les femmes sont également plus nombreuses dans les trois régions du Nord-Ouest. L’Ile-de-France, en revanche, affiche le taux le plus faible (21,60 %). Dans toutes les régions, les femmes dirigeantes d’entreprises de professions libérales sont plus nombreuses que leurs homologues artisanes. Dans ce dernier domaine, les Hauts-de-France proposent d’ailleurs le taux le plus bas (37,50 %).

Curieusement, sur le plan national, les femmes dirigeantes d’entreprises sont plus diplômées que leurs alter-egos masculins. Environ 51 % d’entre elles possèdent au moins le niveau baccalauréat, contre 33 % des hommes. Notons également que 51 % des femmes dirigeantes d’entreprises optent pour la micro-entreprise. Les hommes ne sont que 39 % à faire un tel choix. Les deux tiers des dirigeantes se dirigent enfin vers une activité artisanale de services (coiffure, soins de beauté,etc.), alors que seulement 11 % se trouvent dans une activité artisanale du bâtiment (maçonnerie, travaux de peinture, etc.).

Retrouvez ici la répartition des femmes parmi les dirigeants d’entreprises artisanales.

Dans quelles régions les entreprises sont-elles les plus rentables ?

Compte tenu de leur nombre plus important, les entreprises artisanales d’Ile de France obtiennent un chiffre d’affaire cumulé plus important (50 milliards d’euros) que dans toutes les autres régions de France en 2016. Les entreprises d’Auvergne Rhône Alpes, deuxièmes, accumulent 41,8 milliards d’euros de chiffre d’affaire.

Pour nuancer ces chiffres, il est préférable de rapporter le chiffre d’affaire moyen dégagé par cent entreprises dans chaque région. On y observe alors que le Grand Est est le territoire le plus propice pour obtenir un chiffre d’affaire correct, avec une moyenne de 31.293 millions d’euros de chiffre d’affaire pour cent entreprises. Devancé également par les Pays de la Loire et la Bretagne, l’Ile de France n’arrive que 4e dans ce classement (22.873 millions d’euros pour cent entreprises).

L’observation est identique concernant la valeur ajoutée, qui mesure la richesse créée par les entreprises. L’Ile de France arrive logiquement en tête avec une valeur ajoutée globale de 18,7 milliards d’euros. Mais en rapportant cette valeur ajoutée à cent entreprises, l’Ile de France chute une nouvelle fois à la quatrième place avec une valeur ajoutée moyenne de 8.554 millions d’euros pour cent entreprises. Les entreprises artisanales du Grand Est sont encore les plus performantes, avec un chiffre de 10.858 millions d’euros.

Visualisez les chiffres sur deux graphiques, pour le chiffre d’affaire et la valeur ajoutée.

Où s’orienter en fonction du secteur dans lequel on se dirige ?

Les entreprises artisanales se divisent en quatre grands secteurs : l’alimentation (boulangerie, produits laitiers, transformation de viande, etc.), la fabrication (articles textiles, taxidermie, travail du bois, etc.), le bâtiment (menuiserie, maçonnerie, orpaillage, etc.) et les services (coiffure, blanchisserie, photographes, etc.). En France, en 2018, 48 % des entreprises artisanales le sont dans le bâtiment, suivies par les services (28 %), la fabrication (14 %) et l’alimentation (10 %). Une répartition qui varie peu d’une région à l’autre.

Ce qui les différencie, en revanche, c’est l’évolution du nombre de salariés et d’entreprises par secteurs. Dans le secteur du bâtiment, par exemple, une baisse de 0,48 % des salariés est observée au niveau national entre 2017 et 2018. Si la Corse est la plus marquée par ce recul (-2,40 %), l’Ile de France est en progression de 2,10 %. Seules la Bretagne (0,80 %), PACA (0,80 %), les Pays de la Loire (0,20 %) et l’Occitanie (0,10 %) possèdent par ailleurs un chiffre positif. Côté entreprises, elles sont en hausse de 23 % entre 2010 et 2015. Un progrès qui profite surtout à l’Ile-de-France (39 %) et la Corse (33%), mais pas aux Dom-tom ni à la Bretagne (14 %).

Les emplois salariés dans le secteur des services, de leur côté, sont en hausse entre 2017 et 2018 de 0,87 %. L’Ile de France (3,50 %) et la Corse (3,20 %) se distinguent une fois de plus, à l’inverse de la Nouvelle-Aquitaine (-0,20 %) et des Pays de la Loire (-0,30 %). L’Ile de France et la Corse une fois de plus, voient leur nombre d’entreprises de services croitre de 40 % entre 2010 et 2015, tout comme le Grand Est et la Guyane. La Martinique est la moins performante dans ce domaine (12 %).

Alors que les emplois salariés de l’alimentation sont en hausse de 0,34 % en France entre 2017 et 2018, la PACA et les Pays de Loire affichent un chiffre de 3,10 %. Très loin devant les Hauts-de-France (-2 %), la Bourgogne Franche Comté (-0,80 %) et la Nouvelle-Aquitaine (-0,70 %). Avec des hausses respectives de 63 et 45 %, La Réunion et la Guyane sont les régions où les entreprises dans ce secteur naissent le plus entre 2010 et 2015. Un domaine où la Normandie (14 %) n’excelle pas.

Du côté de la fabrication, enfin, c’est la débandade entre 2017 et 2018 avec 1,45 % d’emplois salariés en moins. L’Ile de France, les Hauts de France (-3 %) et le Grand Est (-2,90 %) contribuent à cela, alors que la Nouvelle-Aquitaine limite la casse (-0,10 %). Dans l’évolution des entreprises de ce secteur, en hausse de 20 % entre 2010 et 2015, la Corse (34 %) est la plus performante tandis que la Martinique n’est pas propice au développement (8 %).

Graphiques à consulter : proportion d’entreprises par secteurs et évolutions.

(*) Aucune donnée pour Mayotte

(**) Pas de donnée dans ce cas pour les régions d’Outre-Mer.


Mais en fait, c’est quoi une entreprise artisanale ?

Pour être artisan, il faut réunir quatre conditions : ne pas employer plus de dix personnes lors de la création de l’entreprise, être immatriculé au répertoire des Métiers, être économiquement indépendant (ne pas intervenir pour le compte d’une autre personne) et exercer l’une des 250 activités professionnelles relevant de l’artisanat.

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